À la fin des années 1960, la jeune société Intel, fondée en 1968 à Santa Clara par Gordon Moore et Robert Noyce, se spécialise dans les mémoires à semi-conducteurs. En 1969, la société japonaise Busicom lui commande un jeu de douze circuits intégrés destinés à une calculatrice de bureau programmable. Confronté à la complexité de la demande, l'ingénieur Ted Hoff propose une approche radicalement différente : regrouper en un seul circuit une unité centrale programmable, accompagnée de mémoires et d'interfaces. Le projet est mené par Federico Faggin, transfuge de Fairchild, rejoint par Stanley Mazor et par l'ingénieur de Busicom Masatoshi Shima. Le circuit est dessiné entre 1970 et 1971 en technologie MOS à grille de silicium. Commercialisé officiellement le 15 novembre 1971, l'Intel 4004 est le premier microprocesseur monopuce disponible sur le marché. Il intègre environ 2 300 transistors sur quelques millimètres carrés, avec un bus de données de 4 bits, une fréquence d'horloge de 740 kHz et une capacité d'environ 92 000 instructions par seconde — performance comparable à celle de l'ENIAC vingt-cinq ans plus tôt, dans un boîtier de seize broches. Accompagné des puces 4001 (ROM), 4002 (RAM) et 4003 (registre à décalage), il forme la famille MCS-4 et rend possible la construction d'équipements intelligents à faible coût. Intel, après avoir acquis les droits exclusifs auprès de Busicom en 1971 pour 60 000 dollars, en fait rapidement un produit phare. Le 4004 ouvre la voie à toute l'industrie du microprocesseur : Intel 8008 en 1972, 8080 en 1974, puis la famille x86 à partir de 1978 qui dominera l'informatique personnelle. Il rend économiquement viables des objets jusque-là impensables — calculatrices, contrôleurs industriels, terminaux, puis micro-ordinateurs comme l'Apple II (1977) et l'IBM PC (1981). En démocratisant le calcul, le 4004 amorce l'ère de la micro-informatique et constitue un jalon aussi important que le transistor pour l'histoire technologique du XXe siècle.
1971
Matériel / Microprocesseur
Intel 4004